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COUPES DU MONDE ET COUPE DU SALUT Marc 14, 12-16,22-26 1- Les coupes du monde Dans notre monde moderne, quand on prononce le mot coupe, on pense spontanément au hockey et à la fameuse coupe Stanley, au football et à la coupe Grey, au tennis et à la coupe Davis ou au soccer et à la Coupe du monde. Dans toutes ces disciplines, la coupe décernée à la personne ou à l'équipe qui remporte un championnat est synonyme de gloire. Pour en arriver là, les athlètes franchissent un long processus d'élimination où les renoncements, les efforts redoublés et les dépenses d'énergie sont énormes. Ainsi, avant de boire à la coupe de la victoire et de triompher, les athlètes doivent boire à la «coupe» de la souffrance physique et mentale. La coupe a donc un double sens. Il en va de même dans le monde biblique, où la coupe revêt plusieurs sens. Là aussi, elle peut désigner une épreuve à traverser. Par exemple, à Gethsémani, quand Jésus prie son Père d'éloigner la coupe qui se présente à lui, il pense au sort qui l'attend, à la souffrance et à la mort qu'il subira bientôt (Matthieu 26, 39.42). Ce sens négatif du mot coupe est toujours actuel. Dans toutes les sphères de la vie, il y a des coupes à boire qu'on pourrait appeler les «coupes du monde»: je pense aux multiples coupes de souffrance que sont la maladie, la pauvreté, la famine, l’exploitation. Je pense aux coupes du mal aux multiples formes, qui contiennent leur lot d'amertume et de poison. Ces coupes sont portées aux lèvres de populations entières confinées dans la pauvreté ou livrées au pouvoir de grandes puissances qui exploitent leurs ressources naturelles. Je pense aussi à ces coupes amères que l’on fait boire aux femmes violentées, aux enfants abusés et négligés, aux immigrés qui subissent préjugés et rejet. Ces coupes amères sont aussi le lot de trop de personnes âgées, malades ou handicapées, qui sont méprisées, négligées ou maltraitées. Mais ces coupes de souffrance, et toutes les autres, innombrables, qui leur ressemblent, sont destinées à être renversées et c’est déjà commencé, grâce à l’Eucharistie. 2 - La coupe du salut En effet, les «coupes du monde», portées aux lèvres de l'humanité sont remplacées - déclassées par la «coupe du salut», celle que le Seigneur a offerte pour la multitude, celle que nous partageons en invoquant le nom du Seigneur, à chaque Eucharistie. En cette fête du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ, nous nous rappelons qu'avec cette coupe du salut, tout le destin de l'humanité croyante et souffrante est relevé, est changé. Car chaque fois que nous élevons la coupe du Seigneur lors de l'Eucharistie, nous rendons présent l'acte de Jésus donnant sa vie pour les humains. Le sang du sacrifice de Jésus, l'Agneau de Dieu, remplace le sang de l'agneau sacrifié lors du repas pascal juif. Vous le savez, c’est cet agneau qui avait jadis sauvé les Hébreux esclaves en Egypte. Les paroles de Jésus - «ceci est mon corps» et surtout «ceci est mon sang» - s'inspirent du souvenir de l'agneau pascal. Dès lors, quand Jésus dit: «Faites cela en mémoire de moi» (Luc 22,19; 1 Corinthiens 11,25), il affirme qu'il remplace l'agneau pascal, qui rappelait l'événement de l'Exode. Il accomplit ainsi la grande espérance d'Israël, le salut plénier et définitif que le peuple attendait. Nous le savons le sang de Jésus versé pour les multitudes exprime son amour qui va jusqu’au bout. Il instaure ainsi la Nouvelle Alliance et sauve tous ceux et celles qui acceptent de boire à sa coupe. L'Eucharistie, où la coupe est partagée et le pain donné, est l'événement même du salut émergeant dans le présent et donnant un sens à l'avenir. Car chaque fois qu'est rompu le pain et qu'est élevée la coupe du Seigneur, la communauté rassemblée actualise l'événement de Pâques et inaugure un monde nouveau. 3 - Un salut qui prend chair en nous Boire à cette coupe, nous transforme, nous sauve parce que ce geste nous fait participer aujourd’hui à la vie même du Christ, sa vie de Ressuscité.. Comment ? Quand nous présentons le pain et la coupe, nous déposons dans cette coupe, représentée par la petite goutte d’eau, toutes nos souffrances, tous nos projets, tous nos rêves de bonheur, toute notre vie. Durant la grande prière eucharistique, toute notre vie unie au vin, passe en Dieu, par l’Esprit Saint avant que Dieu passe en nous, à la communion. Elle est transformée comme le vin est transformé au sang du Christ et nous est redonnée, à la communion, quand nous buvons à la coupe, comme vie du Christ en nous : La vie de Dieu passe en nous. Voilà comment aujourd’hui le salut nous visite à chaque eucharistie, nous transforme, si nous le voulons : Chaque fois que nous participons activement et avec foi, tout au long de la célébration eucharistique, en particulier au moment de la présentation des dons, le salut et la transformation du monde se réalisent en passant par notre cœur humain, en le remplissant de l’amour du Christ pour tous. A chaque eucharistie, nous avons une décision à prendre: devenir acteurs et actrices de notre délivrance ou laisser passer la grâce de notre salut, pour nous aujourd’hui. C’est merveilleux d’expérimenter comment la participation active et consciente à l'Eucharistie nourrit notre cœur. Elle nous rend capable d'être nous-mêmes artisan de salut pour tous ceux et celles qui sont enchaînés par la tristesse, la crainte ou la souffrance. Le Christ apporte le salut, mais celui-ci passe par notre cœur et notre action pour se déployer partout dans le monde. Le salut de Dieu pour l'être humain ne tient pas dans la seule main discrète de Dieu, il est déposé au cœur de chaque personne pour que chacune l'apporte à son prochain. Ex : Mère Thérésa, Communauté Eucharistein, Tous les saints qui buvaient à la coupe du salut tous les jours pour pouvoir répandre l’amour du Christ. Saint Pierre Julien Eymard a été un de ces croyants émerveillés de boire à la coupe du salut. Écoutons-le nous partager son émerveillement : «Ce qui doit nous combler de joie et d'amour dans la méditation de ce grand miracle de la transsubstantiation, c'est que ce miracle n'est que pour arriver à un plus grand encore, et lequel? C'est de faire en nous spirituellement ce que la puissance divine fait sur le pain et le vin, c'est-à-dire de nous transformer en d'autres Jésus-Christ; car c'est là la fin de l'Eucharistie, et c'est ce qui arrive tous les jours. Jésus change par son sacrement, nos pensées, nos jugements, nos désirs en ses pensées, en ses jugements et en ses désirs; notre amour naturel, nos affections terrestres en son amour et sa dilection; notre corps même, en s'incorporant d'une manière spirituelle au corps de Jésus-Christ, participe à sa pureté, à sa sainteté, et c'est ainsi que Jésus vit en nous, que nous devenons ses membres, que nous ne faisons qu'un avec lui. Ô heureuse transformation! ô divine union qui élève notre nature au-dessus de la nature angélique et nous rend participants de la divinité même!» Saint Pierre Julien Eymard, conférence au tiers-ordre,6 juillet 1847 Aujourd’hui bénissons le Christ de nous offrir tous les jours « la coupe du salut», plus précieuse que toutes les coupes de gloire qu’offre le monde, que ce soit la coupe Stanley ou la coupe du monde. Bénissons-le pour toutes les transformations que nous apporte la communion à son corps et à son sang, pour son amour qui se déploie en nous au profit des autres, pour tout ce que notre communion en un Dieu qui se donne par amour a pu apporter de soulagement, de libération au monde qui nous entoure. Demandons à Dieu de continuer à nous éveiller à cet amour dont il nous nourrit. Qu'il nous ouvre les yeux, afin que toutes les personnes qui souffrent autour de nous soient respectées, soignées, guéries et sauvées. Amen
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