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« COMPRENEZ-VOUS CE QUE JE VIENS DE FAIRE ? »Jean, 13, 1-17 Ce soir, nous sentons le besoin de nous recueillir dans le silence pour entrer davantage dans l’étonnant mystère de cette fête. Revoyons bien la scène : A l’extérieur, la ville entière est en rumeur. (Mt 21.10) Les préparatifs de la fête de Pâques battent leur plein ( Jn 11. 55) Jésus, lui est dans la chambre haute; il a réuni ces disciples pour le repas pascal. C’est le repas qui évoque bien sûr la sortie d'Egypte, l’agneau immolé dont le sang placé sur le linteau des portes sauvait de la mort les hébreux. Mais c’est ici le repas d’adieu de l’Agneau de Dieu qui va, par son sang versé, enlever le péché du monde. Jésus entre dans ce repas «sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père» : la mort plane. Jésus se sait le condamné à mort à quelques heures de son d'exécution. Et l’ambiance est d’autant plus lourde que flotte aussi une ambiance de trahison; Parmi ceux qui ont l’honneur de partager son dernier repas, ceux qu’il a choisis, éduqués, choyés, il y a un traître... Et dans ces minutes chargées de tant d’émotions et de gravité, Jésus fait ses adieux d’une manière unique : Avant de se donner à ceux qui veulent le livrer ( Jn 11, 53;), il prend tout le temps; il prend tout son temps, lui, le Maître du Temps, pour ouvrir son cœur totalement à ses disciples Il leur parle longuement pour leur dire une fois de plus, combien il les aime. Il leur parle sur un ton riche de toute la tendresse du monde : «Mes petits enfants, comme je vous ai aimés ! » Ce soir, nous sommes rassemblés pour réentendre ces paroles de tendresse de Jésus. Il les redit à chacun de nous : «Comme je vous ai aimés. » Et nous prendrons un peu plus de temps pour les laisser nous imprégner et nous envelopper et surtout pour dire «oui » à cet amour fou. Mais Jésus ne se contente pas ce soir de paroles, Il pose des gestes pour appuyer son cri d’amour. Il lave les pieds de ses disciples et il se donne en nourriture en instituant l’eucharistie. Arrêtons nous un moment à ce geste renversant que Jésus a fait pour révéler la profondeur de son amour, la grandeur de Dieu Lentement Jésus se lève de table. Il va chercher une bassine et un linge. Il met un tablier, comme un esclave. Il se met à genoux devant ses apôtres et il leur lave les pieds Avouons que ce geste est plus qu’étonnant ! Et qu’il était normal que Pierre estomaqué, proteste: « pour moi, ca jamais... je ne te le permettrai pas ( non pas à cause de ses pieds sales, mais par principe, c’est pas ton rôle» ) Mais ce geste, Jésus l'a voulu, recherché, librement, Il le fait de façon tout à fait inattendue, pour nous conduire à la pleine révélation de son mystère d'amour. Ce geste ainsi accompli par Jésus revêt une Profondeur inouïe. Dans sa simplicité même, il est si riche d’enseignement que lui seul pourra nous en donner la véritable explication. Il ne s’agit pas d’un bain de purification ni même d’un symbole de pardon. «Vous êtes tous purs,» dira Jésus, à ceux qu’ils a déjà émondés par sa parole. Il ne s’agit pas seulement d’un exemple, même si, en le faisant, Jésus nous invite à faire de même. Non. Il nous faut aller plus loin, Il faut descendre plus profond. Il faut aller au-delà d’un raisonnement moral qui nous ferait dire: « si le Maître a agi ainsi, à fortiori, devons-nous l’imiter, nous ses serviteurs.» Pour entrer plus profondément dans le sens de ce geste, écoutons la réaction de Jésus à la réticence de Pierre: « si je ne te lave pas les pieds, tu n’auras point part avec moi ». Devant cette réaction, nous entrevoyons que son geste veut dire beaucoup plus qu’une leçon de morale et d’entraide fraternelle. Il est une invitation à l’aimer jusqu’à lui donner notre vie aujourd’hui, maintenant, d’une manière absolument dérourante Quand nous pensons - Aimer jusqu’à donner sa vie -, nous pensons verser notre sang pour les autres. Quel contrat, quand nous avons de la misère à partager un repas avec un pauvre. Ca fait trembler. Mais Jésus, en s’abaissant et en lavant les pieds de ces amis, nous demande de donner notre vie, d’une autre manière : laisser ses mains de tendresse nous envelopper, nous laver les pieds, nous, indignes que nous sommes. Accueillir son incompréhensible pardon. Voilà la plus belle façon de lui donner notre vie. Et c’est ce que Jésus demande à Pierre et nous demande : lui donner notre vie de cette manière, la livrer à cette puissance enveloppante qui vient guérir nos blessures et répandre l’Huile de la miséricorde Comme l’enfant prodigue qui se laisse embrassé, alors qu’il sait très bien qu’il sent mauvais. Comme la femme adultère qui se laisse regarder avec bonté alors qu’elle se sait coupable Donner sa vie est ainsi plus grand que verser son sang pour les autres La preuve : Une foule d’hommes et de femmes pour des raisons politiques se font bruler vifs, se font kamikaze, se font sauter avec des bombes. Mais combien plus rares sont les hommes et les femmes - en dehors de la foi et même dans le monde de la foi -, qui ont consenti à se laisser envelopper par la miséricorde de Jésus et combien - par contre - ont préféré instinctivement se purifier à force de poignets, plutôt que de laisser l’amour les embrasser en dépit de leur lèpre. En plus de ce geste renversant, Jésus va poser 2 autres gestes pour perpétuer son amour : il institue l’eucharistie et le sacerdoce. L'EUCHARISTIE : c'est à dire sa propre personne, qu.il donne en nourriture. «Voici mon corps livré, voici mon sang versé. Il nous laisse, dans l’eucharistie, le signe qu’il veut rester présent : les amoureux ne peuvent pas se quitter. Le Christ va rester au milieu des hommes, sous les espèces eucharistiques, comme un amoureux disponible qui attend la visite de Celle qui prétend l’’aimer. Il se fait notre nourriture pour la route, pour que nous avancions vers la terre promise malgré le silence de Dieu et l’aridité de nos vies. LE SACERDOCE : Pour prolonger au milieu des chrétiens ces gestes dans lesquels il a donné sa vie, Jésus, ce soir là, fait de ses apôtres et de leurs SUCCESSEURS, les chargés de mission de l'Eucharistie. Ils sont peut être fragiles, ces prêtres, ce sont des hommes, des baptisés d'abord, des pécheurs aussi, comme les autres, mais ils restent les instruments de la générosité de Dieu. Le prêtre est toujours en dessous de sa mission, "débordé par l'immensité de Celui auquel il essaie de donner sa voix, ses mains, sa vie". Pauvres instruments usagés, rouillés, percés parfois, mais dans lesquels chemine la grâce de Dieu. Ce sont, quelles que soient leurs faiblesses, les hommes de la gratuité : Porteurs par le monde de l'annonce folle de l'amour gratuit de Dieu, En cette soirée du jeudi saint, nous demanderons ce soir au Seigneur, le surgissement de vocations ardentes et Courageuses ; et la santé pour les prêtres, qui, surchargés, sont, même à l'âge d'une retraite légitime, toujours généreusement au créneau du combat pour le Royaume. 9-04-2009 |