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L'ASCENSION
Avouons-le : il n’est pas facile de bien parler du mystère glorieux de l’Ascension du Seigneur. Tout simplement parce que nous avons bien du mal à nous représenter ce mystère. Et les mots de la Bible comme ceux de la foi peuvent nous rendre cette tache encore plus difficile : « Ils le virent s’élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée. Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus d’en allait… ». Pris de manière littérale le récit de Luc nous montrerait un Jésus s’envolant dans le ciel. Notre profession de foi se contente de dire qu’il monta au ciel, après en être descendu par l’incarnation. Nous voyons bien que ce vocabulaire biblique et théologique ne peut pas être compris de manière littérale : ce sont des images et nous avons à trouver le sens profond qu’elles nous transmettent à propos de Jésus ressuscité. Nous avons des expressions imagées… Saint Luc nous rapporte à deux reprises le même événement de l'Ascension. À la fin de son Évangile, que nous venons d'entendre, il situe l'Ascension de Jésus en lien direct avec les apparitions du premier jour, pour souligner que la résurrection de Jésus et sa montée au ciel sont inséparables, qu'il n'y a pas d'entre-deux entre la résurrection et la gloire auprès du Père, et que c'est toujours en venant de la gloire que Jésus se manifeste aux hommes. Dans son deuxième livre, les Actes d'Apôtres, qui prend la suite de l'Évangile, Luc éclaire l'événement d'une autre manière: l'Ascension intervient quarante jours après Pâques, quarante jours durant lesquels Jésus s'est montré bien des fois à ses disciples. Présentée ainsi, l'Ascension de Jésus au ciel marque à la fois le terme des apparitions aux disciples et le début du témoignage de la communauté des croyants. Le récit de l'Évangile nous rappelle brièvement qu'il ne faut pas, désormais, chercher le Ressuscité ailleurs qu'en Dieu; le second récit, celui des Actes, souligne que son départ est définitif et qu'il n'y aura pas de retour de Jésus avant sa venue en gloire à la fin des temps. L'Ascension accomplit donc le destin de Jésus, Fils de Dieu, mais elle nous concerne également. Et c'est le double message qu'il nous faut approfondir. Quand nous disons et croyons avec l'Église que le Christ glorieux est monté au ciel où il réside près de son Père, nous entendons par là que, le Christ est sorti de notre monde caduc et pécheur pour entrer dans le monde nouveau et définitif où Dieu l'a accueilli. En d’autres mots, l’Église affirme Le jour du triomphe de Jésus, le jour de sa glorification fut inauguré le jour de Pâques et aujourd’hui, elle fête cette exaltation que Dieu le Père lui a donné en le ressuscitant d’entre les morts. Saint Paul, dans sa lettre au Philippiens, voit la montée de Jésus au Ciel dans son dépouillement jusqu’à la mort de la croix et non après comme nous serons tentés de l’imaginer : C’est son amour qui va jusqu’au bout qui est sa montée au ciel ..« lui de condition divine ne retint pas jalousement son rang d’égal de Dieu mais il s’est dépouillé prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes : il s’est abaissé devenant obéissant jusqu’à la mort sur une croix. C’Est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé et lui a conféré Le Nom qui est au-dessus de tout nom et l’a assis à sa droite dans les cieux.» Jésus vit maintenant assis à la droite du Père, et ce monde où il règne et où il nous attend, la sainte Écriture le nomme "ciel", parce qu'il est hors de notre vue, hors de nos prises, et même hors de notre imagination. En un sens, il n'est ni près ni loin ni ailleurs; il est simplement tout autre. Mais nous y avons accès par la foi, donc aussi par la prière et par les sacrements, dans un contact mystérieux, plus réel cependant et plus intime que nul autre contact entre nous dans ce monde présent. Depuis notre baptême, nous savons que désormais nous avons droit de cité dans le monde nouveau, que la gloire du Seigneur est le prélude de notre gloire; nous sommes déjà ressuscités avec le Christ, dit Saint Paul mais notre vie nouvelle est encore cachée en Dieu avec le Christ; nous vivons encore dans le temps de l'Église, dans la cité des hommes, en témoins du Christ, avec la force de l'Esprit. Et dans ce temps, Jésus nous demande de prendre le même chemin que lui pour monter au ciel,en gloire, celui de l’amour qui se fait service, don de soi, pardon..etc. Comme pour lui, notre montée au ciel est une descente dans le service et l’amour de nos frères. «Celui qui s’abaisse sera élevé, celui qui s’élève, sera abaissé.» Alors, nous ne devons pas regarder le ciel comme un lieu de bonheur extérieure à nous-même, dans lequel nous entrerons à la fin de notre vie sur terre, comme dans un château de rêve; L’Esprit du Christ ressuscité, recu au Baptême, ne cesse de nous redire intérieurement : « le ciel, c’est l’âme du juste, l’âme ou Jésus est présent. Selon les belles paroles de Maurice Zundel, « le ciel, on n’y entre pas, il faut le devenir. Alors L'Ascension est un appel non pas à nous évader du monde et de ses contraintes, mais à assumer, avec la force du Sauveur, notre monde, notre travail, notre communauté, notre famille, notre mari, nos enfants, bien réels pour les aimer comme lui. Bénissons Dieu le Père qui a élevé Jésus au dessus de tout par sa mort et résurrection et qui nous donne l’espérance de monter un jour au ciel, de le devenir par notre amour de plus en plus semblable au sien Quand, tout à l'heure, après avoir communié au Corps et au Sang du Christ ressuscité, nous entendrons l'Église nous dire: "Allez dans la paix du Christ", nous comprendrons que le Seigneur, aujourd'hui encore, nous donne sa dernière consigne et nous redit sa promesse: "Vous serez mes témoins jusqu'aux extrémités de la terre, et pour cela vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous." Prions le de nous faire la grâce de devenir un peu plus tous les jours le ciel sur la terre pour ceux qui nous entourent. P. Gérard Busque, mai 2010
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